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Mardi, 03 Septembre 2013 00:00

République centrafricaine: à Bohong

 Depuis qu’un contingent de la Séléka a fait son apparition à Bohong le 27 Avril 2013, la cohabitation avec la population locale n’a jamais été facile. Depuis ce jour jusqu’aujourd’hui trois groupes différents se sont succédés. Mais tous affichent le même type de comportement à l’entrée et à la sortie de Bohong ; ils ont érigé deux barrières informelles pour les rackets des passants ou selon leur terme, pour les frais de formalité. Le montant à payer varie selon le moyen de déplacement. A titre d’exemple, une moto paie 1000Frs à l’allée et 1000Frs au retour tandis que les piétons versent 200 Frs à chaque traversée de la barrière. Cependant, tout passant n’ayant pas d’argent se voit contraint de boire de l’eau sale ou de vautrer dans la boue. Ils organisent des descentes inopinées dans le marché pour fouiller les gens et à l’occasion, ils soutirent tout ce qu’ils trouvent dans la poche comme de l’argent, les téléphones mobiles et autres.

Depuis un certain temps, des jeunes ( les archers) ont décidé de réagir. Mais certaines personnes influentes de Bohong s’y sont opposées plusieurs fois. Il y a environ trois semaines, ils ont arrêté le chef des archers pour le taper et l’humilier sans aucun motif. A cette occasion, les jeunes du village ont voulu réagir … La goutte qui a fait déborder le vase est l’arrestation sans motif d’un jeune réparateur de bicyclette et d’un vendeur de tabac, le Vendredi 16 Aout 2013 vers 9h.

 On croyait que c’est une petite affaire qui pourra être réglée à travers le dialogue mais dommage ce n’était plus le cas. Vers 13h, les choses ont empiré, la tension s’aggravait. Dans la journée du vendredi, quatre Séléka ont été tués dont le Chef qui est un Colonel et en ont blessé un bon nombre …. Ce fait marque le début des grandes hostilités. Entre temps, la ville s’est rapidement vidée de sa population, nous sommes restées cacher dans notre communauté précisément à la chapelle pour prier et nous abandonner entre les mains de Dieu, tandis que les prêtres de Bohong ont trouvé refuge dans une ancienne bâtisse en ruine à côté du presbytère.

Dans la soirée, sont arrivés des renforts en provenance de Ngaoundaye, Bocaranga et Paoua. Des tirs d’armes bien nourris ont commencé à se faire entendre, de manière presque ininterrompue.

Grâce à Dieu, Sœur Josiane qui en congé nous a appelées pour avoir de nos nouvelles ; nous l’avions mise au courant de notre situation. Elle a pu faire parvenir la nouvelle à la famille d’une sœur pour que la maman nous envoie ce qui était nécessaire pour pouvoir avertir par téléphone nos Sœurs de Bocaranga et notre supérieure provinciale. Nous l’avons appelée et elle nous a encouragées nous rassurant de sa prière et de celle de toutes les Sœurs. Elle a communiqué avec les Sœurs de Bouar pour qu’elles cherchent comment nous faire sortir de Bohong.  En écoutant la provinciale, on a senti sa présence plus forte à nos côtés.  Cependant, nous vivions dans une grande peur mais nous étions sûres de la présence du Seigneur et de la communion de toutes nos Sœurs de la Province et de nos familles.

Le lendemain vers 10h, on a vu un groupe de jeunes Séléka en tenue, accompagné de quelques musulmans de Bohong se diriger vers le presbytère où ils ont défoncé la porte. Après s’être bien servi, ils sont arrivés chez nous où ils ont fracassé toutes les portes pour se servir à volonté. Nous avons été obligées de sortir parce que nous étions entre la vie et la mort. Ils nous ont dit : « Donnez nous vite de l’argent sinon vous mourrez ». La Sœur plus âgée leur a demandé ce qu’ils voulaient ; ils ont répondu : « c’est la guerre, on veut de l’argent ».  La Sœur leur a tendu une enveloppe avec un peu d’argent et ils l’ont jetée à terre avec colère parce que la somme d’argent n’était pas assez importante ; leur chef leur a donné l’autorisation de nous tuer toutes. Ils ont donc pris de l’argent, plus le décodeur, méatoscope etc... Ils ont passé plus d’une demi-heure chez nous. Nous avons signalé ces faits à sr M.Rosa la Provinciale et elle nous a dit :  « Laissez-les prendre tout ce qu’ils veulent, car vos vies valent plus que ces choses matérielles … Vers 15heures, la Mère générale vous appellera ». Lorsque sr Nunzia nous a appelées, elle a parlé avec chacune d’entre nous ; nous nous sommes senties en famille et soutenues par la prière et accompagnées de toutes les Sœurs de la congrégation.   Elle nous a recommandé d’espérer toujours … que Dieu est présent.

Impossible de communiquer  avec Bouar … un grand silence … nous avons perdu l’espoir et nous disions : « Avec toutes ces portes cassées, où irons-nous dormir ? Aller en brousse ? Mais chez qui ? On ne connait pas un lieu sûr. Vu l’âge et l’état de santé de notre sœur ainée, nous ne pouvons pas aller ailleurs» Malgré la peur qui nous habitait, nous avons décidé de dormir dans la même chambre. Dieu est grand ! Vers 16h, nous avons reçu un coup de fil d’une sœur qui nous disait : «  Je viens à peine d’arriver de Garoua-Boulai, mais la voiture est en panne ; si le chauffeur arrive à la réparer, nous allons prendre des risques de venir vous chercher. Mais s’il y a la possibilité de votre coté, il serait souhaitable que vous sortiez un peu de Bohong et vous nous attendiez dans le premier village parce qu’il semble que c’est imprudent d’aller jusqu’à Bohong». Nous avons répondu que c’est impossible avec la Sœur qui est fatiguée. En fait, c’est mieux d’attendre demain car il fait déjà nuit et si la mort arrive, vous allez informerez les autres. Elle nous a dit que personne nous tuera et que la Vierge Marie nous couvrira de son manteau … Nous lui avons conseillé de prendre quelques militaires avec elle pour sa sécurité. Elle nous a répondu qu’elle verrait, mais que demain, elle viendrait jusqu’à nous ; s’il s’agit de mourir,  nous allons mourir ensemble. Ensuite, nous ne savions plus que faire sinon pleurer devant le Seigneur. Mais la Sœur ainée nous a consolées en disant : «  Mes filles, Dieu est là, ayez confiance en Lui, il nous aidera ». Nous sommes parties à la chapelle pour demander la protection de la Vierge Marie et de nos Saintes. Dieu merci, la nuit était  calme, mais vers minuit des tirs d’armes lourdes ont repris de nouveau  jusqu’au matin. Le matin du dimanche 18, un groupe de Séléka apparut chez nous en tirant à nouveau ; nous sommes sorties et ils nous ont encore demandé de l’argent. Nous leur avons dit que les premiers groupes ont tout pris ; nous n’avions plus rien à leur offrir comme argent ; le Colonel nous a donné une somme de 5000Frs cfa. Vers 10h30, la sœur de Bouar et le chauffeur nous ont averties qu’ils étaient en direction de Bohong. Au même moment, un autre groupe de Séléka est venu de nouveau, en disant que le Général a donné l’ordre de nous emmener à Bouar mais nous avons refusé de partir avec eux car nous avions peur d’eux. Lorsque la sœur de Bouar arriva à Bohong, les tirs d’armes ont repris de plus belle. Elle fut obligée de s’arrêter pendant 45min à coté de la mosquée car tout se déroulait non loin de là. Finalement, la sœur et le chauffeur sont arrivés à la communauté escortés par quelques Séléka. Nous avons chargé la voiture à la hâte et nous avons quitté Bohong. En partant, on s’est arreté chez M. le Maire pour essayer de récupérer une voiture des Pères qui a été volée. On nous a demandé d’emmener deux Séléka gravement blessés à Bouar. Sur la route nous avons vu des maisons en paille incendiées par les Séléka. A 5km de Bouar, notre voiture est tombée en panne.. mais nous sommes finalement arrivés vers 18 heures. Quelle joie de retrouver nos sœurs avec des larmes pleins les yeux.

Nous avons appris que le soir de notre départ, les Séléka sont revenus mettre à sac le presbytère et notre maison ; ils ont brûlé les maisons en paille où se fait habituellement le catéchisme. Ils ont profané l’Eglise et pillé la sacristie. Ils ont emmené un véhicule appartenant à un pretre. Les représailles risquent de durer.

Nous sommes vraiment très reconnaissantes envers toutes les personnes qui de près ou de loin nous ont soutenues par la prière. Que Dieu vous comble de ses grâces et qu’il vous bénisse !            Les Sœurs de Bohong

 

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