Sr Michèle el Hajj

Le peuple libanais n’a plus rien
4 Août 2020, date qui sera gravée dans les cœurs et les esprits de tous les Libanais mais aussi de toute l’humanité.
4 Août 2020, jour de malheur, de souffrance et de désespoir. Notre capitale Beyrouth est dévastée… sous la cendre…
Cris, pleurs, hurlement, colère, souffrance ont envahi le peuple tout entier. Aucune famille n’a été épargnée de cette explosion. Des pertes matérielles non mesurables mais aussi beaucoup de victimes humaines. Ajoutons à cela le traumatisme psychique qu’a causé ce désastre dans la vie de nos enfants, de nos jeunes et de tous ceux qui étaient présents ou qui ont vu simplement les dégâts à travers les médias. Tout est détruit !
Face à cette catastrophe inhumaine, nous, jeunes sœurs avec les Amis de Jeanne Antide, jeunes et adultes, ne pouvons pas rester à l’écart, indifférents à ce que vivent nos frères et sœurs.
Nous avons lancé un appel à l’aide et au partage de denrées alimentaires et autres de première nécessité, nous sommes émerveillées face à l’esprit de fraternité et de partage dont beaucoup de personnes ont fait preuve par leur générosité.
Le jour est venu. Nous voici sur les lieux du désastre où rien n’est plus comme avant. Nous avions cru que la réalité nous avait été transmise par les médias. Non, être sur les lieux de la catastrophe c’est totalement différent !…
Un des jeunes présents avec nous, spontanément s’est retourné et nous a dit : « ce n’est pas le Liban que j’ai connu, ce n’est pas mon pays. Quel est notre avenir ? » et il a fondu en larmes !…
L’esprit abattu, le cœur lourd de tristesse, une angoisse insurmontable nous étreint. Quoi faire ? comment soulager notre peuple ?… La souffrance est tellement grande et nous sentons si profondément notre fragilité, notre vulnérabilité et notre impuissance devant l’immensité du désastre et la profondeur de la peine des habitants qui ont tout perdu !

Un homme, en nous voyant passer, nous dit avec une voix confiante : « Merci d’être là… votre présence nous soulage et nous réconforte. On ne se sent plus seuls mais soutenus par tous ces petits gestes fraternels. »
Notre mission consistait à visiter quelques familles pour les écouter, partager leur peine et essayer de raviver dans leur cœur meurtri un rayon d’espérance. Après chaque visite, le groupe était très ému devant la foi et le courage de ces personnes. Oui, leur croix est trop lourde à porter et malgré cela leur foi ne défaille pas ! Je les compare à la Vierge Marie debout au pied la croix, fixant son Fils en agonie, mais avec un cœur espérant la Résurrection.
A la fin des visites, un adulte nous dit : Après ces visites, j’apprends à regarder ma vie différemment. Moi qui ai tout et ne cesse de blâmer les situations quelquefois difficiles… aujourd’hui, je rends grâce à Dieu pour la vie qu’Il me donne !… Toutes les richesses dont je jouis dans ma vie !

Le peuple libanais n’a plus rien que sa foi, une foi magnifique et un courage extraordinaire… Il croit à un Dieu qui « a vu la misère de son peuple, a entendu son cri devant ses oppresseurs… et connaît ses angoisses. Il croit à un Dieu qui est descendu pour le délivrer » (Ex 3,7)
Malgré les divisions politiques et autres, nous affirmons aujourd'hui que l’espoir du Liban c’est son peuple… un peuple vivant pour qui la vie est plus forte que toute mort !…

Autre initiative :
Sœurs de la Charité, Filles de Jeanne Antide, notre mission s’enracine certes dans la continuité mais nous pousse aussi à répondre aux urgences de notre temps. De là est ne notre projet d’accompagnement des familles blessées par la réalité cruelle de l’explosion. Durant le mois de septembre deux fois par semaine, mardi et vendredi, religieuses et Amis de Jeanne Antide, visitons les familles sinistrées du quartier de la Karantina, là où cette humanité est vraiment blessée. Nous mettant à l’écoute attentive des cris de douleur des survivants choques et désemparés, nous essayons de communier à toute cette souffrance dans le silence et compassion. La flamme de l’Esperance nous pousse à sortir de nous-mêmes pour rencontrer le Christ en agonie mais aussi le Christ Victorieux de nos détresses.